Épître à mon père

Emmené par son père, ex-chantre aux vêpres,
Pour sauver son fils, de tumeur maligne.

Pour mon père (1913 – 1988)

« Mon Dieu quelle guerre cruelle
Je trouve deux hommes en moi
L’un veut que plein d’amour pour toi
Mon cœur te soit toujours fidèle.
L’autre à tes volontés rebelles
Me révolte en ta loy. »

Racine

O rayon solitaire,
Rapproche – moi du ciel
Avec mon Sistael
Le révolutionnaire

Ange de flamme ; épître
Nostalgique ; tétraptère
Venant voir, à l’espère,
Fils malade au pupitre.

Flamme sur flamme, Ozanne
Qui, de sa lune austère,
T’appelle comme Père
Décédé comme un âne :

Cheminot olfactif
Premier Ange gardien
Qui me servait de chien

Renifleur, au nez vif.

Perdu dans mes mémoires*
A quatre ans, à Paris,
Perdu, lorsque ça rit
Du métro, aux nuits noires

Où je vois, sur un mur,
Défilé les mots : Du
BON, NET, DU, BONNET, DU…

Mots sous verre froid et dur.

Qui met, en mémoire,
Ta fragrance, en corps,
Sous uniforme, encore,
Et ta casquette noire

Pour aborder la vie
Du Père, lettre unique
De répondre à supplique
SISTAEL à l’envie.

De revoir son bambin
Qui lambine sur sa route
D’un destin en déroute.
« Petit, presse le pas », hein !

Chirurgien attend, Louis
Dit qu’il faut être à l’heure
Pour enlever ta tumeur,
A l’hôpital Saint Louis.

Claude Ozanne

 

*Au nombre de deux à Paris : les mots DUBO … DUBON .. DUBONNET… de la réclame défilant sur le mur noir du métro et d’une sucette à la menthe en forme de tour Eiffel. Cette pub ne m’a pas tapé dans l’œil, à cet âge, mais ces mots lancinant au parcours d’un métro, en 1951, Du bon, du bon…rimant comme « bonbon », assurément.