La Ligue de l’enseignement : une institution toujours présente en France

Jean-Mace

Avec ses auberges de jeunesse et ciné-clubs, il y a 150 ans est fondée, en 1866, par Jean Macé, la Ligue de l’enseignement qui entame un combat contre l’obscurantisme. Décidant de lutter pour que les principes de 1789 prévalent, qu’un « Napoléon le nain » veut étouffer, Jean Macé, en bon disciple de Condorcet, de Saint-Simon et de Fourier, publie à ses frais une  Prière socialiste pour les enfants  qu’il distribue dans une carriole et devient journaliste à La République. Condamné à l’exil après le coup d’Etat du 2 décembre 1852, il rédige des Manuels scientifiques et institue une Société des bibliothèques communales du Haut-Rhin. Son initiative impose un savoir émancipateur qui fournit un socle populaire à la République. Par le suffrage universel, sa volonté politique se répand dans tout le pays. Le 25 octobre 1866, il publie dans le journal l’Opinion  un appel qui convie les citoyens à se mobiliser pour favoriser l’instruction pour  Un combat contre l’ignorance.

Avec succès, le 15 novembre suivant, il annonce la fondation de la Ligue française de l’enseignement qui compte très vite 5000 membres dont Jules Ferry, Camille Flammarion, entre-autres. Jean Macé a d’ autant plus de succès qu’elle est soutenue par les loges de France soucieuse de faire pièce à l’influence de l’Eglise.

L’esclavage par les razzias de Blancs par la barbaresque algérienne, s’achève par la prise d’Alger par Napoléon III le grand en 1830. Sur trois siècles avant, les esclaves blancs vendus au marché d’Alger comptabilisent un million et demi. Le chiffre supérieur sur les noirs africains n’est pas connu. Cette victoire sur la fin de l’esclavage par la France confère, quarante ans après, une puissance à la Ligue devenue un des fers de lance du combat républicain. Ce fer plaide pour un enseignement « gratuit, laïque et obligatoire » En 1872, Victor Hugo préside la  liste des  responsables qui va de Schœlcher qui abolie l’esclavage  à Marcelin Berthelot. Le combat est rude. Menacée dans sa prédominance, l’église catholique fait feu de tout bois. L’enjeu est crucial : le contrôle de la jeunesse, la formation des esprits  écrit  Laurent  Joffrin* qui  cite cette philippique de l’évêque de Metz contre l’émancipation des jeunes filles, un des chevaux de bataille de la ligue :

« La décence chrétienne exige que nous couvrions notre corps (…) Est-il bien séant qu’une femme prie Dieu sans être voilée ? » Un combat toujours d’actualité hier avec les églises et notre erreur de ne pas avoir inscrit les fondements chrétiens de notre Europe qui vacille avec son Breixit)  dans sa constitution réclamé par un Jean-Paul II qui avait vu la menace islamique arrivée, à une époque où nos dirigeants étaient tous sur un nuage. Un combat  pour lequel Jean-Michel Dian sonne le tocsin et que Laurent Joffrin à raison de souligner : « Combats toujours actuels, tant les assauts des préjugés venant de toutes églises sont aussi pernicieux et inquiétants qu’il y a un siècle et demi. » (Libération du 21 avril 2016 « La saga de la ligue »).

Claude Ozanne

* du Journal   Libération (04.2016) sur le livre de Jean-Michel Dian  « L’Utopie citoyenne, une histoire républicaine de la Ligue de l’enseignement »  (Editions La découverte, 2016)

 

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