Marta Fox – écrivain

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MES SOUVENIRS AVEC CLAUDE

À l’époque de ma jeunesse, quand Facebook et d’autres réseaux virtuels de rencontre n’existaient pas, il y avait nettement moins d’occasions de faire connaissance. Je dois préciser connaissances appropriées, c’est-à-dire “choisies et recherchées”. Mais chacun de nous recherche autre chose et c’est tant mieux.

J’ai toujours été attirée par des gens différents de moi, des gens ayant d’autres activités, des gens plus mystérieux, plus sensibles.
Ne cherchant personne en particulier, je laissais faire le hasard et n’avais pas de stratégie établie. Et le hasard ou le destin me faisait rencontrer des gens que je trouvais intéressants. J’en parle dans mes livres, comme par exemple de Yolande et André dans Autoportrait avec l’Hermine.

Ce matin, en regardant par la fenêtre des toits ensoleillés des immeubles environnants, je me suis souvenue des toits de Paris, des ambiances parisiennes chantées dans des chansons, et une nostalgie  m’envahit en pensant à quelqu’un que je connais, sans le connaître vraiment, depuis quelques années.

Lors de mes séjours à Paris, j’aimais être en compagnie de Claude-Michel Ozanne. Comment pouvais-je connaître quelqu’un qui parle français, langue inconnue pour moi ? Quelqu’un qui parle anglais encore moins bien que moi ? Toutefois, je perçois en lui quelque chose qui m’est très agréable. Pensant être en sa compagnie, un calme intérieur m’envahit. Je ressens en lui une harmonie, un brin de gamin (nous avons le même âge), une ouverture d’esprit, une sérénité du regard clair de ses yeux  bleus.

Quand Claude me parlait de l’immobilier, des beaux paysages de la Méditerranée et me montrait, avec enthousiasme, des cartes, des photos de cette belle région du sud de la France que je ne connais pas, je me sentais transportée comme si j’y étais.

J’aimais passer des moments quotidiens avec lui. Claude disait par exemple : “Ce matin, nous irons au marché ….”. Le marché en question était tout près de la maison, sur la place de l’église Saint-Jacques – Saint-Christophe du XIXe arrondissement de Paris. J’aimais choisir avec lui les meilleures moules, melons, olives, avocats, kakis, aubergines, crabes, ou fromages. Dans son frigo, tout avait sa place. J’aimais sa logistique de frigo, d’autant plus que, dans le mien, il règne souvent un fouillis artistique.  Claude fait bien la ratatouille et l’entrecôte marchand de vin. Il aimait à célébrer les repas. Admirative, je regardais sa dextérité à décortiquer les crabes et à ouvrir les moules en retirant juste ce qu’il faut. Nous avons bien rigolé à la fin d’un repas où les assiettes étaient plus garnies après qu’avant manger. Claude choisissait les vins avec soin et les buvait avec une belle modération. Je connais des gens en Pologne qui se délectent à chaque repas mais la plupart sont obèses, tandis que Claude est grand et svelte tel un moine tibétain.

Nous avons vu ensemble  une exposition des tableaux et des sculptures de Miró et Claude m’a demandé ce que j’aimais chez Miró. Je lui répondais en polonais. C’était d’autant plus facile que nous étions côte à côte tout près des oeuvres lui montrant, par instants, les détails. De retour à la maison, il me donnait des livres sur la peinture et l’architecture.

Jean, mon compagnon, n’arrivait pas à comprendre que la conversation sans traducteur avec Claude ne me lassait pas le moins du monde. Pour Jean il est harassant de parler deux langues différentes. Mais avec Claude, je n’avais pas l’impression de parler deux langues étrangères.

Je compte le revoir cet été, en espérant qu’il me fera découvrir une facette d’un Paris inconnu pour moi.

Marta Fox

Katowice (Pologne), le 11 Février 2014

Auteur d’une quarantaine de livres édités en Pologne (romans pour adultes et adolescents, poésies, essais), quelques titres :

Caroline XL
Isabelle anorexique
Isabelle la révoltée
Madeleine.doc
Pauline.doc
Cathy la dragueuse
Roméo viendra plus tard
Tout ce qui est impossible
Lettres sorties du chapeau
Autoportrait avec l’Hermine
De moins en moins de silence
Mes conversations avec Miró
Femme enchantée dans la pierre
Aimer
Le ciel avec vue sur ciel
Sainte Rita des choses impossibles
J’enlève le chapeau en dernier …
Café « Potin »
Le rouge redonne le rouge

 

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