À Villeveyrac, une fromagerie de chèvres bio

chèvre

texte publié au journal « Hector », Centre scolaire de la Maison d’arrêt de Villeneuve lès Maguelone

Dès ses premiers mots, Nelly Brodu incite à savourer ses produits réellement bio. En 1998, avec son mari chevrier, doté d’une DJA (Dotation au Jeune Agriculteur), le couple crée une fromagerie. Avec 92 chèvres au compteur, il n’est pas question de faire de l’intensif.

Les Brodu nomment leur production bio La ferme des saveurs. Confiant en leur savoir faire, le couple décide de ne pas adhérer à l’A.O.C. Pellardon parce qu’il réfute d’emblée tout cahier des charges : cette appellation semble réservée aux industriels du fromage et celle-ci est contraignante pour Nelly et son mari. Le couple refuse ce millefeuille administratif.

Leur troupeau de chèvres, dépourvu de toute puce électronique à l’oreille, pour entrer dans un pacage * de traite de leur lait, est éloigné de toute structure d’élevage intensif où le rendement moyen est de 1200 litres de lait pour une centaine de chèvres. Chez les Brodu, pour 92 chèvres, le rendement descend à 500 litres par an. La qualité d’élevage y est indispensable pour l’obtention de celle du bio.

La race de leurs chèvres de Villeveyrac est issue des Saalins de Normandie parce que donnant plus de lait que les Alpines chamoisées. La qualité de cet élevage est soulignée par l’amour et la confiance en ces animaux gardés trois à quatre ans, et suivis par un vétérinaire qui connaît bien cette race.

Cette conférence – dégustation organisée par le SPIP en partenariat avec la DRAAF (Direction Régionale de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Forêt) et la CIVAM (Centre d’Initiatives pour Valoriser l’Agriculture et le Milieu rural), a eu lieu au sein même de la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, le 5 décembre dernier.

Nous remercions vivement les éleveurs qui ont pris le temps de venir jusqu’à nous pour ce moment riche en émotions et en saveurs autour d’un produit emblématique de notre région.

Claude

* Pacage : action de faire paître le bétail – lieu où on le mène

 

Patrice Chéreau, une expression plus théâtrale que filmique

Patrice Cherau

texte publié au journal « HECTOR » atelier du Centre scolaire
de la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone

L’homme de cinéma et de l’opéra « Electra », né à Lesignée dans le Maine-et-Loire en 1944 et décédé le 7 octobre dernier était fou de théâtre. Mais aussi un fin observateur de ses parents qui dessinaient des tissus pour des couturiers.
Au début des années cinquante, sa famille vit à l’angle de la rue de Seine et de la rue des Beaux-Arts. « Il suffit de passer le pont » comme chantait Georges Brassens pour se retrouver … au Louvre dont son peintre de père fait son terrain d’enfance. A Paris, Patrice Chéreau a pour singularité d’être un homme qui va, comme celui de Giacometti (Jean Genet consacre d’ailleurs un livre au sculpteur). L’atmosphère d’atelier aux narines, il prend pour décor, celui de son peintre de père pour son film : « Ceux qui m’aiment prendront le train ».
Metteur en scène de théâtre, il a entre autres maîtres, Molière, Marivaux, Marlowe, Jean Vilars du T.N.P. et « Le Berliner Ensemble » de Brecht, et Jean Genet. Son art, plus théâtral que filmique, concentre une âpreté soulignée par son physique au regard passionné, qu’il n’hésite pas à mettre en scène.
Son aspect, passablement ténébreux, lui permet de jouer un Camille Desmoulins dans le « Danton » d’Andrzej Wajda (1983). La même année, à Cannes,  » L’homme blessé  » est un film qui heurte et dérange, dégageant un début de fascination qui s’affirmera, plus tard, à Cannes par la consécration de son éblouissant film  » La Reine Margot  » avec deux prix cannois et cinq César.
Au théâtre de la vie, à Nanterre-les-Amandiers, il monte  » Les Paravents  » de Jean Genet, venu le voir. Le théâtre l’aide à vivre. Et s’il est politiquement moins actif, en 1968, qu’un Jean-Louis Barrault dans son théatre de l’Odéon, il est le premier à monter « Splendeur et mort de J. Murieta » (1971) de Pablo Néruda. Puis, à Spolète, en Italie,  » La fausse suivante  » de Marivaux.  » Un marivaudage brutal et désespéré « , écrit dans « Le Monde » Colette Godard qui lui consacre, plus tard, en 2007, un livre sur son théâtre : « Le trajet ».
Personne ne sait comme lui mettre en scène la puissance d’expression des visages et des corps. Il a retenu la leçon de la tétralogie de Wagner de 1976, commencé sous les huées du public et s’achevant, en 1980, par des applaudissements de plus d’une heure. Ce Ring le fait entrer dans la légende. Il devient mondialement connu.
Après Ring en 1981, au faîte de sa gloire, Jack Lang lui propose de diriger un théâtre à Paris.
Pressent-il déjà qu’il ne va pas « faire de vieux os » avec son éclipse d’astre noir, à soixante-huit ans ?
Arborant un sourire cinglant et un phrasé rapide, Patrice Chéreau semblait pressé de conclure une œuvre dûment archivée, il y a quelques années, à l’Institut Mémoires de l’Edition Contemporaine de Caen (IMEC). Avec la passion du travail bien fait, s’il connaît enfin la consécration cinématographique avec son film  » La Reine Margot « , il n’en demeure pas moins un exemple d’homme de théâtre au trajet à la Genet.

Claude

Albert Jacquard, génie des gènes

 

gène

texte publié au journal « HECTOR »
atelier du Centre scolaire de la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone

Né à Lyon en 1925, Albert Jacquard est décédé à Paris le 11 septembre dernier dans son appartement à Montparnasse.

Le généticien avait une profonde empathie pour les exclus du logement social, tant à Paris intra-muros où les habitants apercevaient souvent son humble silhouette avec l’abbé Pierre, que pour les sans-papiers réfugiés dans les églises de la capitale.

Notamment dans l’arrondissement du quatorzième avec l’un des plus grands squats de l’avenue René Coty qui défraya la chronique par la nature violente des expulsions.

Un arrondissement emblématique que je connaissais pour l’avoir habité, au début des années soixante-dix, et où il subsistait encore plusieurs catégories sociales (petites industries artisanales à l’échelle humaine de ce quartier) avant que son tissu ouvriériste ne commence à se déchirer sous la poussée des promoteurs parisiens dénoncés par le chanteur Jacques Dutronc …

Ce quartier du quatorzième, Albert Jacquard le choisit pour y vivre. Issu d’une famille catholique, ce fils d’un directeur de la Banque de France est victime, à l’âge de neuf ans, avec sa famille, d’un accident de voiture.

Perdant son plus jeune frère et ses parents, l’enfant Albert en ressort défiguré.

Longtemps, ce fait transforme sa perception du regard des autres (« J’ai cru qu’ils me méprisaient »).

Fort de deux baccalauréats (maths et philo), élève brillant, il entre en 1945 à Polytechnique pour en sortir ingénieur des Manufactures de l’Etat.

Passager de l’Histoire, il vit la Libération comme « un événement extérieur ». Chargé de recherches à l’INED jusqu’en 1966, il s’oriente efficacement vers la carrière scientifique. Ce sera un départ pour les Etats-Unis où il étudie la génétique des populations.

Les émeutes raciales et la naissance du mouvement hippie, sur fond de guerre du Vietnam, modifient sa vision du monde. Retour en France en 68, avec un DEA de génétique. Il réintègre l’INED comme Directeur jusqu’en 1991. A 47 ans, titulaire d’un Doctorat d’Etat en biologie humaine, il est nommé Expert en génétique auprès de l’OMS de 1973 à 1981.

Ce Commandeur de l’ordre national du Mérite reçoit le prix scientifique de la Fondation de France en 1980.

Ceci, avant d’être nommé membre du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Ce titre lui donne la force de se prononcer contre l’exploitation à des fins commerciales du génome humain et brevetage généralisé du vivant. Et contre l’émergence d’un racisme, prétendument scientifique, qu’il exècre, il crée, en 1979, avec deux collègues, le bulletin « Sciences et tensions sociales » et, deux ans plus tard, « Le genre humain », revue dont il fait partie jusqu’à sa mort.

Proche du mouvement alter mondialiste, c’est un contributeur régulier du journal « Le monde diplomatique ».

En 1994, il est l’un des fondateurs de l’association Droits devant ! Et lance en 2005, L’Appel des vieux avec l’association de l’Abbé Pierre et de six universitaires dont le sociologue Edgar Morin.

Engagé pour la défense des démunis, Albert Jacquard enlève la prescription des victimes d’inceste et de pédophilie afin que les enfants puissent déposer plainte sans restriction de temps. Le combat de ce grand humaniste reste à vivre.

Claude

Le flair efficace de Gérard de Villiers

gérard de villiers

texte publié au journal « HECTOR », atelier du Centre scolaire
de la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone

 

Fils d’un auteur de théâtre et d’une mère issue de la bourgeoisie d’apparence noble de l’Ile de la Réunion, combattant de la guerre d’Algérie en tant qu’officier, Gérard de Villiers écrit pour Minute, Rivarol, Paris-Presse, France-Dimanche.

Marié quatre fois, père de deux enfants, il se décrit comme résolument à droite, libéral, anticommuniste, anti-islamiste, anti-communautariste, antisocialiste, et déclarera même avoir été accusé à tort de racisme.

 

Auteur des célèbres romans d’espionnage, avec 200 titres débités depuis 1965 (un volume par trimestre), le créateur du Prince Malko est décédé le 31 octobre dernier à l’âge de 83 ans.

Cet ambitieux frais émoulu de Sciences Po admire Ian Fleming (qui, lui, n’a connu le succès que post mortem) et quand il quitte son vaste appartement de l’Avenue Foch où reposent les cendres de ses chats dans de petites urnes, c’est avec un déambulateur.

Pour tenir son timing de business, avec pubs dans le texte pour marques de champagne et de meubles (« J’ai des contrats publicitaires avec ces entreprises ; cela amuse le lecteur mais rapporte peu »), il requiert parfois l’aide de quelques « nègres ».

Si Aurélie Filippetti, Ministre de la culture, pourtant romancière à ses heures, a refusé le moindre hommage à cet as du renseignement, c’est sans nul doute pour les mêmes raisons qu’un de ses prédécesseurs avait refusé de classer la bicoque de Céline (décédé en 1961 à Meudon).

Gérard de Villiers, ce vulgarisateur de la géopolitique avait des lecteurs dans la sphère diplomatique. En particulier pour l’un d’entre eux, Hubert Védrine, l’une des éminences grises de François Mitterrand, ex-ministre des Affaires étrangères qui le lit dans l’avion pour vérifier ce que ses services lui soufflent pour tromper l’ennemi : « L’élite française prétend ne pas le lire mais ils le lisent tous ».

Gérard de Villiers anticipe ainsi l’explosion djihadiste au Sahel « plusieurs années avant l’intervention française au Mali ». En octobre 2012, son livre « Panique à Bamako » narre avec force descriptions les colonnes de 4X4 déboulant dans la capitale malienne.

Ce cri d’avertissement, perçu en haut lieu, ne peut qu’être repris par la presse.


L’intelligence de ce passeur d’informations au flair exceptionnel sur l’échiquier politique international a toujours intéressé différents services : DGSE, DST pour la France, et même la grande oreille américaine qui le loue à travers le « New York Times », saluant la qualité du contexte géopolitique de ses ouvrages.

 

Claude

 

Zoo Story

zoo story.jean-marie besset

 

Texte publié au journal hebdomadaire « Hector » du Centre scolaire de la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone

 

Après la première partie de cette pièce intitulée « La Maison et le zoo », c’est sa deuxième partie, écrite par l’Américain Édouard Albee, traduite et interprété par Jean-Marie Besset, qui a fait l’objet d’une représentation à la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone le lundi 16 décembre dernier.

La pièce se déroule dans Hyde Park, à New York. Sur un banc, feuilles volantes autour de lui, le lecteur Jean-Marie Besset voit sa lecture interrompue par un personnage passablement déclassé en faune qui surgit de derrière les arbres. Celui-ci, quelque peu hirsute, l’apostrophe avec des bonds d’homme des cavernes, montant et sautant d’un banc à l’autre. Au lecteur sur son banc, il demande le chemin pour se rendre au zoo du parc. Le lecteur le lui indique mais l’inconnu, interprété par Xavier Gallois, le noie de questions au point de l’agacer prodigieusement. Étudiant son interlocuteur, poitrail soulevé comme un bête, il le renifle et l’analyse par un questionnement à coup de mentons levés, vire et virevolte, jusqu’au bras de fer pour l’appropriation du banc … Affirmant là un comportement de différence sociale …

Le tout joué avec vélocité et une gouaille évoquant celle d’un personnage à la Woyzeck, de Georg Büchner (un jeune auteur décédé à 24 ans dans la misère), anticipant la dramaturgie, plus d’un siècle avant notre époque. Xavier Gallois connaît cette pièce. Je subodore même que, par instants, il en restitue dans son jeu quelques éléments de base, portés à leur paroxysme.

Il y a du « Bateau ivre » du jeune Rimbaud de 17 ans dans cette pièce. Rien ne naufrage. A travers les méandres de son jeu d’acteur, Xavier Gallois ressort magistralement une autre alchimie du verbe. Imprimant dans sa voix une intensité qui va crescendo dans les cinquante-cinq minutes de sa prestation. Outre son texte appris au fil du rasoir, il émane incontestablement de l’acteur de cette « Zoo story » une volonté dramaturgique générant de l’oppression humaine. Non accablé par son angoisse, Xavier Gallois exulte un jeu dépassant, par instants allégrement le « Zoo Story ».

Claude