LES CI-DEVANTS DE L’AMOUR COURTOIS

Sur la peinture de Sophie SAMMARRO-Mosiadz

para grajaca courtois

 

 

 

 

 

 

 

 

Par le choix de son mode d’expression, Sophie Sammarro-Mosiadz est une artiste dont la personnalité n’est manifestement pas insensible à l’apport du maniérisme.

          Son instinct, plus fort ici que l’intellect est, sans aucun doute, l’élément le plus important de sa création. Plus masculin que féminin, il est le moteur de sa stimulation. Il en constitue la quintessence.

          Sa création plastique, largement empreinte de poésie, soutient volontiers
les mouvements plastiques les plus prestigieux. Parmi ces mouvements, s’impose d’emblée, celui de la Renaissance. À cet égard, une première décryptation peut être proposée, à travers ce prisme, pour une meilleure compréhension de son œuvre qui ne saurait, cependant, se fondre exclusivement dans les schémas traditionnels du type Renaissance.

          Pour répondre à un tel souhait, il faut, peut-être, de prime abord, évacuer l’aspect par trop architectural qui sous-tend la figuration picturale des thèmes de l’œuvre proposée. Même si celle-ci, indifférenciée dans certaines toiles, est en fait quasiment inexistante.

          L’œuvre picturale ne se limite pas à des artifices de perspectives architecturées. Pas plus qu’elle n’obéit à une recherche effrénée de relief dans sa matière même. Sa technique essentielle appelle plutôt l’aplat. Non pliée à l’habilité du trompe l’œil, elle adosse sa facture à des colonnes. De celles, dépourvues toutefois des bases chères aux Grecs ou à celles des Romains légèrement effilées vers le haut, avec leurs sempiternelles cannelures à l’exemple de la célèbre colonnade entourant la place Saint-Pierre de Rome due à ce grand architecte et sculpteur du Bernin qui exécuta, avec brio, dans cette même ville en 1646, la Sainte-Thérèse et l’ange. Or cette Sainte est une évocation de Thérèse d’Avila, rappelant une œuvre de Sophie Sammarro-Mosiadz par l’éloquence de ses lèvres, sensuelles et sombres comme des pétales de rose. Cette atmosphère de couvent espagnol, empreint d’un mysticisme baroque, a fait long feu. Elle semble faire une large part au sentiment et à l’intuition. La part, plus intuitive d’ailleurs que sentimentale, crève son extase par son excès même. Cette extase s’affiche sur le mode de l’amour et son rituel se décrit picturalement jusqu’à l’obsession. Ce rituel, non dépourvu de passion, a le mérite de ne pas décevoir la vie même qui n’est, le plus souvent, que trahison dans sa lutte quotidienne.

L’artiste sait que tout ce qui vit dans l’œuvre picturale est soumis à la régénération, autant d’ailleurs que dans les écrits de Thérèse d’Avila, désignés ici à titre d’exemple. La peinture de Sophie Sammarro-Mosiadz, fruit de cette régénération soumise à la vie avec ses déboires que vient compenser la foi, obéit à cette renaissance. Elle en constitue l’ivresse même qui vaut mieux pour son âme que la sobriété. Une sorte d’ivresse qui emprunterait à Plotin, ce néo-platonicien qui essayait de joindre le panthéisme aux religions asiatiques ajoutées à l’idéalisme d’un Platon. Ivre de ce nectar de l’extase, la peinture de Sophie Sammarro-Mosiadz est de l’ordre du monde sensible. Pour elle, le monde n’est pas l’œuvre d’un méchant Démiurge comme le prétendent les gnostiques que Plotin critique. Son monde est plutôt celui de la Providence, un monde bon malgré la poésie qui opère contre lui avec la conscience de l’homme : ce mal suprême !

          Sa peinture s’exprime toutefois dans la morphologie du baroque. Elle obéit à ce fond générique vers lequel glisse l’esprit captivé par la foi. Elle abandonne toute discrimination entre l’orthodoxie et le panthéisme. Cette discrimination est réelle entre la pensée logique et la pensée sensible, entre l’intelligence et la vie. A peine l’intelligence rompt-elle ses lois que la vie recouvre les privilèges de la Carmélite dont le caractère spontané de ses écrits revêt une certaine divination d’essence vitaliste. Une essence où transpire une alternative entre l’orthodoxie et le panthéisme. Cette alternative n’a rien de la bourgeoisie juive à laquelle elle appartenait. D’ordre universelle, elle obéit au courant vitaliste, avec son côté libertin. Et la peinture de Sophie Sammarro-Mosiadz, traduit cet esprit, tant est patent son état d’abandon devant toute autorité religieuse.

          Le baroque épouse ici l’œuvre picturale, indépendamment de tout joug politique ou religieux. Il lui confère ainsi un sens cosmique, nettement révélé par son éternelle prédilection pour l’atmosphère picturale, à la fois rurale et paysanne. Le baroque agit dans l’œuvre comme un idiome naturel. Il est à sa peinture ce que le dialecte est à la langue.

          Le Bernin pour sa sculpture consacrée à Thérèse d’Avila pour l’Église Santa Maria della Victoria de Rome, avait-il lu également les écrits de Jean de la Croix, son compagnon du Carmel de l’incarnation où elle était prieure ?

Le Bernin est-il vraiment conscient des éléments d’un itinéraire de la sensualité rappelant, de manière audacieuse, les hautes émotions de l’amour ?

La réponse n’est-elle pas donnée par cet ange à gauche de la sculpture dominant Thérèse, une sorte d’Eros, au sourire séducteur, campé devant elle avec une tête de conquérant ?

De l’expression sculpturale de Thérèse, émerge un flot de voiles. Il recouvre son corps tremblant semblant faire des pieds et des mains pour l’obtention d’une ultime extase, peut-être exagérée par Le Bernin, avec une pointe misogyne d’ironie, comme pour en souligner le côté habile de la femme (fondatrice avec l’aide de Jean de la Croix d’une trentaine de couvents tant féminins que masculins). Outre, bien sûr, l’hommage qu’il adresse à l’immensité de son amour de la vie pour celle qui sauva son âme en déversant sur le papier ses angoisses de Carmélite.

          Délaissant la spiritualité quant au registre purement architectural des tableaux de Sophie Sammarro-Mosiadz, pour ne pas dire maniériste, il convient de noter l’absence de tympans médiévaux désignant l’espace compris entre les linteaux et les archivoltes des portails sous lesquels, passent et repassent moult personnages de la chevalerie. Point d’architectures, non plus de châteaux forts dans le fond de ses tableaux, seuls subsistent, dans quelques toiles, des éléments géométriques. Une géométrie, discrète dans le drapé des personnages du temps jadis, souligne la composition des tableaux. Elle se fond souvent dans un enroulement de spires ornant, de ci de là, un mythique sujet. Notamment par un drapé spiralé, presque sculptural, de personnages féminins qui sont plus nombreux, chez Sophie Sammarro-Mosiadz, que masculins. Ces sujets (aussi individualisés que chez Dominikos Theotokoulos dit le Gréco et formés, eux aussi, dans un couvent), retrouvent l’ambiance de l’amour courtois.

          Le maniérisme a su, en son temps, s’attirer le soutien des artistes conscients de la crise des valeurs de la Renaissance. Et, sur ce point, Sophie Sammarro-Mosiadz, pour son plus grand profit, en cultive le goût. Elle le fait avec un instinct purement gestuel. Son écriture picturale se met à la disposition d’une classe sociale, sous forme de convenances souvent matérialisées par des commandes.

          La création plastique de Sophie Sammarro-Mosiadz n’est point dépourvue de l’amour courtois. Et, dans ses compositions, à travers ses ci-devants en pavane, avec ou sans afféteries, il peut être réducteur de complaire toute explication dans le maniérisme. Et pour ne point l’être, il convient d’esquisser un peu plus le contour de leurs origines pour une bonne approche de l’œuvre de Sophie Sammarro-Mosiadz.

          Pour mieux appréhender la peinture de Sophie Sammarro-Mosiadz, il suffit de jeter un oeil à sa bibliothèque. Deux livres, parmi d’autres, s’en détachent. L’un sur Arcimboldo et l’autre sur Léonor Fini, résument tous deux succinctement une  meilleure compréhension de l’oeuvre du peintre.

          Le premier : Arcimboldo, peintre italien, célèbre pour ses techniques élaborées du trompe-l’oeil et pour ses ghiribizzi aux effets habiles, séduisait déjà, à son époque, les princes de Habsbourg. Le caractère à la fois ludique et étrange de son art ne manque pas d’inquiéter l’imagination des surréalistes. Son aspect « art magique », plaisait à Novalis qui exprimait dans ses écrits la nostalgie de sa foi religieuse à travers un idéalisme influencé en partie par les théories de Saint-Martin, dont la vision du monde fit connaître, en France, le mysticisme et la métaphysique de Swedenborg. Cet idéalisme magique séduisait également un Odilon Redon, illustrateur des « fleurs du mal » de Charles Baudelaire auprès duquel une peinture de Sophie Sammarro-Mosiadz se réclame.

Pour cet excellent graveur aimé de l’auteur des « Paradis artificiels », tout ne se faisait-il pas par la soumission à la lumière de l’inconscient ? Le lithographe s’appliquait déjà, comme Sophie Sammarro-Mosiadz, à transcrire le caractère spirituel des tendances les plus symboliques, avec une précision de naturaliste.

          Le deuxième Léonor Fini, autre peintre Italien, se disant autodidacte, (décédé en 1992) est la référence par excellence. Il convient de s’étendre d’avantage sur les richesses contenues dans son œuvre pour mieux cerner la complexité de son style proche, à bien des égards, de celui de Sophie Sammarro-Mosiadz. L’univers de la femme aux chats caressants, est à la fois ambigu et sensuel. Il s’allie au dévoilement d’un monde intérieur orné, par instants, de recherches éclectiques. Ses débuts picturaux trouvent leurs fondements dans la facture de peintres connus comme Goya ou Klimt. Ce monde théâtral, s’il en est, plaisait à un de ses commanditaires comme Jean-Louis Barrault qui montait des pièces comme « Bérénice » ou « Les Bonnes » de Genêt dont elle tira le portrait. Et qui mieux que Michel Ciry, (surnommé par son ami romancier Roger Bésus « Le nautonier de l’âme ») peut en cerner la complexité, lorsqu’il livre ses impressions sur un gros livre de Léonor Fini?

« Tout un attirail de théâtre accompagne le principal des sujets ».(Le buisson ardent Plon 1970)

Ce journal confirme des traits connus du polémiste qui vêt de mots sulfureux les questions essentielles.

« Renonçant à sa tricherie majeure, à ce savoir qui camouflait la modicité de la pensée, et, davantage encore, dissimulait la réalité d’une âme qui, bien que se voulant perverse, est finalement assez naïve, cette peinture devient l’aveu qu’il ne faut pas faire. Des mains de cette fausse magicienne, coule une eau rare, plus insipide qu’empoisonnée. » 

Est-ce le côté aguicheur de cet art qui agaçait André Breton, au point de ne jamais nommer son nom dans ses ouvrages sur la question du surréalisme, force est de constater que l’œuvre de Sophie Sammarro-Mosiadz gagnerait à se détacher de tout onirisme à la Léonor Fini. Au lieu de se poser devant un miroir, mieux vaut en poser l’esprit. Fut-il déguisé, quelque peu masqué, sur ce théâtre du monde cher à Shakespeare.

          Les séductions, élevées au rang d’un art, inspirées par la bienveillance du charme de Sophie Sammarro-Mosiadz, n’ont pas pour but qu’une mise en oeuvre des moyens de fascination. Elles posent, comme postulat de départ; des sujets au caractère impérieux que soulignent, par instants, les mouvements médiévaux de l’amour courtois. Ses sujets, issus de la cuisse de plusieurs dieux, semblent obéir à une préoccupation plus païenne que déiste.

Tant il est vrai qu’il y a dans la peinture de Sophie Sammarro-Mosiadz un mystère païen baignant tout ballet de danseurs contenu dans l’œuvre. Ce corps de danse ou présumé tel, s’avance, à pas comptés sur le devant de la scène. Ce sont des ci-devants d’opéra toisant, en vis-à-vis, leur partenaire, le regard planté dans celui de l’autre.

Au-delà de cette scène, quelque peu sublimée, ils sont ci-devants d’un amour converti par une grâce, la plus vivifiante dont on ne peut la détacher, la couper.

          La peinture de Sophie Sammarro-Mosiadz fait feu de toute image et du moindre grain d’insolite. Elle est une suite plastique ininterrompue de salons de danse faisant montre de ballerines. Elle n’en relève pas moins de la bienveillance, la plus dansante.

          De cet art de la danse, le plus asexué, le plus exigeant qui soit, cette grâce est d’essence païenne. Typiquement courtois, cet art prend la geste de la grand-messe. Il sacralise l’épuration de son expression et procède au flamboiement le plus haut, en jetant tous ses feux sur la scène du ballet androgyne. Une scène de la vie gracile imprégnant tout ce qui laisse toucher le beau, le plus nu. La beauté déroulée d’un rideau d’opéra où, à chaque représentation de son talent, l’artiste tire le thème de son esprit toujours en mouvements. Un déplacement de fables chères à Sophie Sammarro-Mosiadz où scintillent les mille attraits d’une imagination dans le cadre des dorures patinées par les effervescences d’une nostalgie de l’amour courtois.

          L’atmosphère picturale est ici des plus bouclée. Son harmonie régnante sur le choix des sujets n’en cède pas moins à la simplicité. Et de la bienveillance, la plus nonchalante, drapée dans sa plasticité même, découle le charme d’une facilité de déplacement des jeunes filles brocardées de fleurs moyenâgeuses.

          La légèreté des robes et des rubans des danseuses badinent avec aisance. Les drapés se froissent et le charme féminin se meut dans l’azure. Un dédoublement des plus félins, devant le miroir, fend les airs délicatement parfumés d’une chambre. Est-ce une attitude d’auto-fascination passant inéluctablement par sa propre mouvance, un dédoublement engoncé dans des préjugés de classe ou de fortune?

          Fleurdelisées jusqu’à la moelle, ces filles ouvrent leur cœur à l’innocence la plus soutenue, envahies, qu’elles sont, par les parfums de leur jeunesse éclose.

Claude Ozanne

HYMNE A TA VOIE LACTEE

Pour Suzanne Ozanne

Tout hymne à la beauté
Demande un fils, au fond,
Vient-elle d’un profond
Univers sans clarté

A part les galaxies
Qui éclairent moins que trous
Noirs d’un univers fou
De spirale en toupie ?

Vivante éternité
D’une voie bien tractée
De passante beauté

Où es-tu immortelle
Âme qui vague au ciel,
Hymne à mère lactée ?

                                           

Claude Ozanne, Sotteville-lès-Rouen février 1988

La rose de Suzanne

Aux pleurs des étoiles des cieux,
Toute mort surgit, c’est certain,
Mère et moi, expirons enfin
La mort s’en vient, voleuse d’yeux.

Fleur, préférée de mère, est rose
Qui se reproduit pour Suzanne.
Terre musclée, au purin de l’âne,
Racine son âme morose

 

(cliquer sur la rose)

 

 

 

 

Enserrée sans épine. Épreuve
D’une rose d’Ozanne.  – Preuve
De vie chrétienne à son taquet

Du gibet mendiant des corbeaux.
Roses Saint Aignan,* en bouquet
Offert au ciel de son terreau.

 

*de Mont-Saint – Aignan, près de Rouen

Claude Ozanne
« Preuve par Cent quatrains  »

Textes déposés à la S.G.D.L. Paris

 

 

Ton œil Ann Saint-Cire est un diamant

Ton œil, Ann Saint -Cire, est un diamant
aussi grand que la rosace de la cathédrale de Béziers.

 

Ton œil est ce reflet d’âme, en cathédrale,
La fleur minérale enserrée dans sa pierre,
Rosace d’âme dans un écrin de lierre,
Qu’imagine l’Ange du pays Cathare.

L’Ange, invisible, encadre l’œil de ton être,
Rose de vitrail, visage, au regard haut,
Sur fond de soleil, lumineux soleillot,
Chapeauté de l’œil au diamètre à dix mètres,

Plus enlevé que rosace de Genet
Poète, auteur de « Notre Dame des fleurs »*
Au cœur duquel, la lumière, au jour, ne meurt.

Diamant jeté au feu, foudroyé par Dieu
Fait homme pour sculpter la rose d’un art pieu
Qui, ma chère Ann, a l’éclat du Trobar, hé !**

Claude Ozanne

 

*Roman écrit dans sa prison de Fresnes en 1942 pour s’extraire de sa cellule, en attendant son audience, assisté de ses amis écrivains, entre-autres, Paul Sartre et Simone de Beauvoir et le poète Jean Cocteau, venus assister à son jugement.

**L’âme d’un Troubadour qui a chanté, au XIIe siècle, dans plusieurs cours d’amour dont celle qui jouxte la Cathédrale de Béziers. Sur son mur une plaque de marbre évoque trois noms dont celui de Stève, l’un des plus prisés dans le siècle d’or des Trobar. (en occitan)

 

Van Gogh vu par Antonin Artaud

C’est chez un marchand de peinture nommé Albert LOEB au 12, rue des Beaux-arts 75006 – Paris, que le poète écrit le livre le plus intéressant sur ce peintre.

Parmi la floppée de catalogues parue sur Van Gogh, celui d’Artaud est, pour moi, le plus captivant. Il considère que Vincent Van Gogh est un « Suicidé de la société » (Titre de son livre publié par Gallimard) Artaud s’identifie au peintre qui rejoint l’esprit de son « Théâtre de la cruauté » dans la mesure où il en est effectivement une victime. Sa correspondance avec son frère Théo étaye cette affirmation.

Son suicide pose interrogation. S’est-il vraiment tiré une balle lui-même ou bien a-t-il été tué pour se faire voler ses tableaux ?

Etait-il si bête pour se tirer une balle dans le ventre et agonir plus d’une nuit pour expirer au matin, selon Gachet qui lui avait acheté une toile. Le peintre intéressait d’autre marchands. C’est l’hypothèse de ce faux Docteur Gachet, collectionneur de quoi ? Ou deuxième hypothèse : il a pu être tué par deux voyous qui se seraient intéressés à lui ? Artaud ne se pose pas la question.

Enthousiasmé par la découverte de sa première exposition au Musé des Tuileries, à Paris, avant sa mort, en 1946, à Ivry. Dans ce Musée, exposera plus tard le peintre Gaston CHAISSAC, ami du peinture Jean DUBUFFET et Tony-Fritz VILARS. Sur ce dernier j’ai écrit : T.F.V. : Une vue désemparée du mal d’être. Editions bilingues, traduit en anglais par Philip de Mézamat de l’Isles et en allemand par Michel Colin, professeur d’allemand (Editions D.P.,Rouen 1976).

Et Variation sur une peinture de Tony-Fritz VILARS, Éditions. Arcam Paris 1985, ISBN :2-86476-196-3)

Claude Ozanne

 

« Champ de blé aux corbeaux »
Tableau de Van Gogh peint en 1890

 

Épître à mon père

Emmené par son père, ex-chantre aux vêpres,
Pour sauver son fils, de tumeur maligne.

Pour mon père (1913 – 1988)

« Mon Dieu quelle guerre cruelle
Je trouve deux hommes en moi
L’un veut que plein d’amour pour toi
Mon cœur te soit toujours fidèle.
L’autre à tes volontés rebelles
Me révolte en ta loy. »

Racine

O rayon solitaire,
Rapproche – moi du ciel
Avec mon Sistael
Le révolutionnaire

Ange de flamme ; épître
Nostalgique ; tétraptère
Venant voir, à l’espère,
Fils malade au pupitre.

Flamme sur flamme, Ozanne
Qui, de sa lune austère,
T’appelle comme Père
Décédé comme un âne :

Cheminot olfactif
Premier Ange gardien
Qui me servait de chien

Renifleur, au nez vif.

Perdu dans mes mémoires*
A quatre ans, à Paris,
Perdu, lorsque ça rit
Du métro, aux nuits noires

Où je vois, sur un mur,
Défilé les mots : Du
BON, NET, DU, BONNET, DU…

Mots sous verre froid et dur.

Qui met, en mémoire,
Ta fragrance, en corps,
Sous uniforme, encore,
Et ta casquette noire

Pour aborder la vie
Du Père, lettre unique
De répondre à supplique
SISTAEL à l’envie.

De revoir son bambin
Qui lambine sur sa route
D’un destin en déroute.
« Petit, presse le pas », hein !

Chirurgien attend, Louis
Dit qu’il faut être à l’heure
Pour enlever ta tumeur,
A l’hôpital Saint Louis.

Claude Ozanne

 

*Au nombre de deux à Paris : les mots DUBO … DUBON .. DUBONNET… de la réclame défilant sur le mur noir du métro et d’une sucette à la menthe en forme de tour Eiffel. Cette pub ne m’a pas tapé dans l’œil, à cet âge, mais ces mots lancinant au parcours d’un métro, en 1951, Du bon, du bon…rimant comme « bonbon », assurément.

 

 

Sur la Seine où naguère ..

Quelques énervés naviguèrent,abbaye-de-jumieges
Jetés sur un radeau de liège,
Ces pauvres moines de Jumièges *
Pleuraient sur la Seine, naguère.

Ces énervés n’avaient plus de nerfs,
Bien arrachés par leurs bourreaux
Qui en voulaient à leur magot,
Tous ces gens alors sur les nerfs

Contre eux, faut-il médire ?
Un barbare, à maudire,
Attaquait quelques villes

C’était un grand viking
Se prenant pour un King
Qui pillait … sottes villes

Claude Ozanne

*Ces moines étaient de l’Abbaye de Jumièges située au bord de la Seine à l’ouest de Rouen. Ce fait authentique a fait l’objet d’un tableau exposé au Musée des Beaux-Arts de Rouen

Première salle publique de shoot à Paris : argent public pour l’autodestruction « propre » (1)

Qui aide un jeune à s’autodétruire proprement
et apporte de l’eau au moulin des trafiquants ?
Moult parisiens n’approuvent pas leurs gouvernants :
Ces politiques eux-mêmes, égarés ou déments.

La Maire de Paris, Anne Hidalgo, laisse s’implanter dans le quartier Stalingrad de Paris un mini Calais provisoire. Est-ce pour faire le pendant du dix-huitième arrondissement ? La décision d’évacuer ces sans papier qui ne parle pas un mot de français et parmi lesquels des Djihadistes peuvent facilement s’infiltrer est-elle opportune ?

Veut-elle faire de Paris un second Sangatte démembré et qui a laissé place à Calais aux 11000 migrants ? La politique du clou qui chasse l’autre est-elle la meilleure ? Les faits sont têtus et les ruisseaux finissent pas se rencontrer. Les plus petits ruisseaux font les grandes rivières tant en France où une centaine de migrants passent la frontière italienne de Vintimille, sans anicroche, selon le journal Libération du 10 octobre 2016.

A Paris, l’enlèvement des migrants à la station Stalingrad ne supprime pas les odeurs d’urine (une centaine par jour en moyenne). L’enlèvement tous les mois des sans papier éligibles pour la carte bancaire prépayée à 40 € par jour, afin de faciliter l’expulsion des lieux sans heurt. Avant leur départ en banlieue, des repas leur sont servis avec un cours de français, près de la Rotonde de la place Stalingrad (Paris). Le dernier enlèvement s’est déroulé début septembre. C’était le 26e enlèvement par Bus avec 2497 migrants en septembre. Les statistiques étant interdites par le Premier Ministre Manuel Valls. Il se murmure que les deux tiers au moins ne seraient pas chassés par la guerre mais par une misère relative des pays du Maghreb qui ne sont pas en guerre.

Claude Ozanne 

(1) « salle de shoot propre » selon l’expression de la Maire de Paris

 

Elixir aurifère

Pour Sophie Sammarro,cztery-postacie
Peintre et duchesse
de la restauration des tableaux

 

Brosse l’œuvre, sans honte
Aux tons aériens, ivres,
Quand ta peinture enivre
Ces flammèches qui montent

Au ciel, en ritournelles
D’éclatantes déesses …
Irradie-moi Duchesse
En deux D.(1)-Hirondelles

Qui voltigent en fil d’or,
Illumine en couleurs,
Un des sept Séraphins :
Ces chers anges gardiens
Dont l’un Stael est mien,
Un protecteur marin.

 

II

Comme Aragon, c’est vrai,
Artiste à peine né,
Je défends le sonnet
Au tire-mot de l’ivraie
Comme la bayadère

Qui tamise si vite
L’orpailleuse pépite,
Tu donnes grain à l’air

D’une riche musique
De ton pinceau unique
Qui goutte tout son musc
Au parfum aurifère
Qui poudroie, de son suc,
Une envoûtante sphère.

 

 

III

Tout élixir aurifère baroque
S’évoque, se conjugue sans manière
Pour après Geno,(2) un portait d’Ozanne
En Triptique  tenu par des lanières,
Se peint de main maniériste, sans choc,
Pour un bonheur qui est d’époque.

 

Claude Michel  Ozanne

 

(1)D2. : 2 Dimensions à l’instar de la sculpture en 3D.

(2) Geno Eugène Malkowski (1943- 20.08.2016 Varsovie)

Un sonnet pour Siné

Qui  voit ? Bientôt partile-caricaturiste-sine-pose-le-17-juillet-2008-a-vinnemerville-apres-avoir-realise-un-dessin-illustrant-son-licenciement-de-charlie-hebdo_5592959
Gouacher, jusqu’au bout
Ombres de Nuit debout,
L’œil du jour anéanti ?

Sa fine plume, dessine
Un sexe à Dionysos
Fantasmé jusqu’à l’os,
De pierre pour Œuvre insigne.

Siné : « Un cochon truffier
Rôde autour de moi. » Ç’est chier
De la part du camarade,

Belle Omerta sans dent
De penser la camarde
En crevant sexe bandant.

Claude Ozanne