Albert Jacquard, génie des gènes

 

gène

texte publié au journal « HECTOR »
atelier du Centre scolaire de la Maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone

Né à Lyon en 1925, Albert Jacquard est décédé à Paris le 11 septembre dernier dans son appartement à Montparnasse.

Le généticien avait une profonde empathie pour les exclus du logement social, tant à Paris intra-muros où les habitants apercevaient souvent son humble silhouette avec l’abbé Pierre, que pour les sans-papiers réfugiés dans les églises de la capitale.

Notamment dans l’arrondissement du quatorzième avec l’un des plus grands squats de l’avenue René Coty qui défraya la chronique par la nature violente des expulsions.

Un arrondissement emblématique que je connaissais pour l’avoir habité, au début des années soixante-dix, et où il subsistait encore plusieurs catégories sociales (petites industries artisanales à l’échelle humaine de ce quartier) avant que son tissu ouvriériste ne commence à se déchirer sous la poussée des promoteurs parisiens dénoncés par le chanteur Jacques Dutronc …

Ce quartier du quatorzième, Albert Jacquard le choisit pour y vivre. Issu d’une famille catholique, ce fils d’un directeur de la Banque de France est victime, à l’âge de neuf ans, avec sa famille, d’un accident de voiture.

Perdant son plus jeune frère et ses parents, l’enfant Albert en ressort défiguré.

Longtemps, ce fait transforme sa perception du regard des autres (« J’ai cru qu’ils me méprisaient »).

Fort de deux baccalauréats (maths et philo), élève brillant, il entre en 1945 à Polytechnique pour en sortir ingénieur des Manufactures de l’Etat.

Passager de l’Histoire, il vit la Libération comme « un événement extérieur ». Chargé de recherches à l’INED jusqu’en 1966, il s’oriente efficacement vers la carrière scientifique. Ce sera un départ pour les Etats-Unis où il étudie la génétique des populations.

Les émeutes raciales et la naissance du mouvement hippie, sur fond de guerre du Vietnam, modifient sa vision du monde. Retour en France en 68, avec un DEA de génétique. Il réintègre l’INED comme Directeur jusqu’en 1991. A 47 ans, titulaire d’un Doctorat d’Etat en biologie humaine, il est nommé Expert en génétique auprès de l’OMS de 1973 à 1981.

Ce Commandeur de l’ordre national du Mérite reçoit le prix scientifique de la Fondation de France en 1980.

Ceci, avant d’être nommé membre du Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé. Ce titre lui donne la force de se prononcer contre l’exploitation à des fins commerciales du génome humain et brevetage généralisé du vivant. Et contre l’émergence d’un racisme, prétendument scientifique, qu’il exècre, il crée, en 1979, avec deux collègues, le bulletin « Sciences et tensions sociales » et, deux ans plus tard, « Le genre humain », revue dont il fait partie jusqu’à sa mort.

Proche du mouvement alter mondialiste, c’est un contributeur régulier du journal « Le monde diplomatique ».

En 1994, il est l’un des fondateurs de l’association Droits devant ! Et lance en 2005, L’Appel des vieux avec l’association de l’Abbé Pierre et de six universitaires dont le sociologue Edgar Morin.

Engagé pour la défense des démunis, Albert Jacquard enlève la prescription des victimes d’inceste et de pédophilie afin que les enfants puissent déposer plainte sans restriction de temps. Le combat de ce grand humaniste reste à vivre.

Claude

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